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Étudiants et enseignants en communication trouveront dans ce livre des ressources inestimables. Professionnels et responsables d’institutions y trouveront tout autant de quoi refonder leur vision et de la communication et de l’Afrique de l’Ouest, c’est-à-dire de la communication en Afrique de l’Ouest.

El Hadj Hamidou Kassé

(Chef du Pool Communication du Président Macky Sall)

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PREMIERE PARTIE

PREMIERE PARTIE

Un peu d'Histoire pour mieux comprendre

Sommaire

1. Les épopées héroïques africaines

(de l’an 300 à 1850)

2. Une colonisation douloureuse

(1850 à 1960)

3. Des indépendances controversées

(1960 à nos jours)

I. 3. Des indépendances controversées

1960 à nos jours

 

La nouvelle organisation occidentale désorganisa pour longtemps la stabilité de l’ordre social africain. Après son retour au pouvoir en 1958, le président français Charles de Gaulle se trouva progressivement contraint d’accorder l’indépendance aux  anciennes  colonies  françaises.  Car les révoltes africaines anticolonialistes se faisaient de plus en plus nombreuses et pressantes, et les mouvements de soutien se développaient à échelle internationale. Au fil des événements, les opinions publiques et les intellectuels évoluaient vers la voie de l’indépendance des colonies françaises d’Afrique.

Ainsi, avec le Général, les rapports entre la France et l’Afrique évoluèrent. Mais pour les opposants aux systèmes mis en place, ils passèrent d’un colonialisme politique à un néocolonialisme économique.

 

En effet, parallèlement à la politique d’indépendance africaine, Charles de Gaulle expliqua : « Il n’existe pas de grande puissance libre sans indépendance énergétique. » Or, chacun sait que les ressources énergétiques de la France sont, pour la plupart et jusqu’à aujourd’hui, extraites des sols africains : le pétrole, l’uranium, mais aussi l’or, les diamants ou le manganèse pour ne citer que celles-là. C’est dans le cadre de cette vision du monde que Jacques Foccart(30) fut chargé d’assurer les intérêts énergétiques de la France en Afrique. C’est avec ce spécialiste du renseignement que commença la longue période de la « Françafrique ».

Les méthodes de Jacques Foccart étaient simples, efficaces mais sans état d’âmes pour les droits des peuples à disposer d’eux-mêmes. Par des moyens humains et financiers, elles consistaient à soutenir les dirigeants africains favorables aux intérêts français. En les aidant à conquérir et à conserver le pouvoir, elles rendaient les chefs d’État africains dépendants de la France. Controversé à plusieurs reprises pour son immoralisme, Jacques Foccart n’aurait cessé de soutenir des coups d’État en finançant des mercenaires (affaire Bob Denard). Foccart contribua certainement à la déstabilisation des dirigeants africains qui osaient mener une politique contraire aux intérêts français.

Depuis cette  époque,  la  France  est  perçue  comme le « gendarme de l’Afrique ». Ses décisions sont parfois qualifiées de néocolonialisme institutionnel masqué. Dès lors, il faut comprendre que les symboles institutionnels de l’ex-puissance coloniale apparaissent systématique- ment suspects aux yeux des sociétés civiles africaines.   Les opposants à ces politiques la perçoivent comme un pays dont les dirigeants ont longtemps corrompu ceux  des pays du Sahel. C’est peut-être aussi l’une des raisons pour lesquelles les Africains ont du mal à faire confiance à leurs propres élites.

Mais revenons au chronogramme de notre histoire... En 1958, le Général organisa un grand référendum ; pour établir la cinquième république française, d’une part, et dans le but de créer une fédération des anciennes colonies d’outre-mer, d’autre part. On proposa alors deux options aux Africains : soit une union-partenariat avec la France, soit l’indépendance totale.

Seule la Guinée de Sékou Touré vota massivement contre l’union-partenariat, et obtint ainsi son indépendance totale. Dans les autres pays d’Afrique francophone, l’option de l’union-partenariat fut retenue. Néanmoins, il faut noter que des pressions semblent avoir été exercées sur les électeurs pendant la durée du scrutin : des voix hostiles signalèrent un peu partout des tentatives de manipulation des résultats(31).

C’est dans ce cadre d’autonomie politique progressive que la monnaie coloniale française, le « franc des colonies françaises d’Afrique »(32) devint le « franc de la communauté française d’Afrique ». L’ancien FCFA fut remplacé par l’actuel F CFA. Jusqu’à aujourd’hui, cette monnaie reste frappée et garantie par la France.

 

Les opposants à ce système le dénoncent : peut-on parler d’autonomie politique quand la capacité de battre monnaie échappe à la souveraineté des peuples ? C’est dans cet esprit que, de 1958 à 1962, de nombreux accords furent signés entre la France et les jeunes États africains. On signa des accords de partenariats privilégiés, des accords de défense(33), des accords commerciaux. C’est la période des « indépendances ». C’est sur la base de ces accords que l’Hexagone fut autorisée à exploiter les ressources du sol africain.

Dans ces conditions, Jacques Foccart plaça d’anciens députés franco-africains à la tête des nouvelles nations. Félix Houphouët-Boigny obtint la présidence de la Côte d’Ivoire ; il dirigera le pays jusqu’à sa mort en 1993. Léopold Sédar Senghor se vit attribuer le Sénégal. Le poète-président resta au pouvoir plus de vingt ans, puis se retira en France après avoir confié les affaires à son ancien Premier ministre Abdou Diouf(34). Hamani Diori, qui était député représentant du Niger auprès de l’Assemblée nationale française depuis 1946, fut placé à la tête de son pays d’origine. Ces trois présidents furent les artisans à l’origine de la création de la Francophonie(35).

Quant à Hubert Maga, ancien élu du grand conseil de l’Afrique Occidentale Française, il dirigea le Bénin jusqu’en 1963. Le pays, alors appelé la « République du Dahomey», essuya de nombreux coups d’État(36). Le Burkinabé Maurice Yaméogo, ancien conseiller de l’Afrique Occidentale Française, obtint le pouvoir en « Haute Volta(37) » mais fut destitué en 1968 et remplacé par Aboubacar Sangoulé Lamizana(38). Au sommet de l’État malien, on plaça l’ancien secrétaire d’État du gouvernement français Modibo Keïta(39). Ce dirigeant se révéla un indépendantiste et un démocrate convaincu : le Mali quitta le système du F CFA dès 1962 et Modibo quitta le pouvoir en 1968.

La plupart de ces chefs d’État assignés seront considérés par les opposants politiques comme de fidèles serviteurs des intérêts français, garantissant l’indépendance énergétique de la France. Par contre, plusieurs opposants qui dénoncèrent ces conflits d’intérêt disparurent dans des conditions souvent floues. On se souvient notamment de l’empoisonnement de Modibo Keïta en 1977 ou de l’assassinat de Thomas Sankara en 1987. Ces différents faits historiques, qui ne sont pas si éloignés dans le temps, contribuent à alimenter une certaine forme de crise politique entre les administrateurs institutionnels et les administrés africains. Ces mécanismes, qualifiés de néocoloniaux par des voix discordantes, ne furent dénoncés que très tardivement. Le terme de « Françafrique », attribué à Félix Houphouët-Boigny, sera repris par le Français François- Xavier Verschave(40) pour décrire ces dispositifs d’ingérence du pays occidental sur les pays d’Afrique subsaharienne.

 

Quant aux infrastructures construites sous le fouet du colon, elles furent négligées, dès le début des indépendances. Comme avec soulagement. La plupart des grands travaux furent abandonnés par les jeunes États. L’argent manquait sans doute, et les chantiers rappelaient trop de mauvais souvenirs aux populations. L’école aussi se développa timidement et, jusqu’à aujourd’hui, certains se rappellent qu’un émissaire de la mairie venait régulière- ment chercher les enfants au village dans les années 1980. On les cachait pour ne pas qu’ils aillent à l’école ; ils étaient plus utiles aux champs.

Dans les années 1990, le discours de la Baule de François Mitterrand(41) fut perçu comme une ingérence supplémentaire. La France semblait clairement imposer aux États africains de se diriger vers la voie de la démocratie. Dans le même temps, la France choisit de participer à construire l’Europe plutôt que de participer à construire l’Afrique. Dans cette mouvance, le FCFA fut dévalué. Le Mali fit sa révolution en renversant son dictateur Moussa Traoré. Tandis que le vieux Houphouët, détenteur du pouvoir depuis plus de trente ans, décédait en Côte d’Ivoire. Il laissa derrière lui une nation divisée. Pendant ce temps, partout sur ces terres, la démocratie eut beaucoup de mal à s’installer. Il faudra attendre les années 2000 pour que certains dirigeants daignent quitter le pouvoir, parfois les pieds devant.

Néanmoins, avec l’institutionnalisation du  pluralisme politique et l’arrivée timide de la démocratie en Afrique, les choses ont un peu changé. Les pays du   Sahel sont relativement plus stables, malgré  les  crises  qu’on leur connaît. Mais des résidus sociologiques de méfiance des populations subsistent. Dans les zones rurales, seuls certains chefs communautaires ont la pleine confiance des peuples des campagnes. Et encore ! Même là, il faut ajouter un bémol à cette influence.

Sources et notes de l'auteur

30. Jacques Foccart était un conseiller politique français, secrétaire général de l’Élysée aux affaires africaines et malgaches de 1960 à 1974. Il a été un personnage central dans la création des réseaux de la « Françafrique ».

31.Djibo Mamoudou, Les Transformations politiques au Niger à la veille de l’indépendance, Paris, L’Harmattan, 2001, p. 83-121.

32. Crée initialement en 1939, le franc CFA est né le 26 décembre 1945. Il est officialisé lorsque la France ratifie les accords de Bretton Woods et procède à sa première déclaration au Fonds monétaire international (FMI). Il est alors émis par la caisse centrale de la France d’outre-mer.

33. En 2010-2011, ces accords de défense seront renouvelés à l’initiative du président français Nicolas Sarkozy.

34. Abdou Diouf resta au pouvoir jusqu’en 2000. Il fut secrétaire général de l’Organisation inter- nationale de la Francophonie jusqu’en novembre 2014.

35. Aujourd’hui OIF, Organisation internationale de la francophonie.

36. 1963, 1964, 1965, 1967, 1972.

37. Actuel Burkina Faso.

38. Aboubacar Sangoulé Lamizana est un ancien tirailleur qui gravit les échelons de l’armée française. Il fut renversé en 1980.

39. Il fut empoisonné en 1977.

40. Verschave François-Xavier, La Françafrique : Le plus long scandale de la République, Stock, Paris, 1998

41. Le discours de La Baule fut écrit par Erik Orsenna et prononcé par le président français François Mitterrand dans le cadre de la 16e conférence des chefs d’État d’Afrique et de France, le 20 juin 1990.

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