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Étudiants et enseignants en communication trouveront dans ce livre des ressources inestimables. Professionnels et responsables d’institutions y trouveront tout autant de quoi refonder leur vision et de la communication et de l’Afrique de l’Ouest, c’est-à-dire de la communication en Afrique de l’Ouest.

El Hadj Hamidou Kassé

(Chef du Pool Communication du Président Macky Sall)

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DEUXIEME PARTIE

Qui sont les africains de l'Ouest ?

La plus jeune population du globe !

 

En Afrique, on est jeune. Mais en général, on ne vit pas vraiment longtemps. L’espérance de vie moyenne des Africains de l’Ouest atteint rarement plus  de  soixante ans. Plus précisément, dans toute la zone étudiée, l’espérance de vie à la naissance était de seulement 52,7 ans en 1990, pour atteindre 56 ans en 2010(51). À titre de comparaison, en France, en 2012, l’espérance de vie moyenne était de 84,8 ans pour les femmes et de 78,4 ans pour les hommes(52). D’après ces chiffres, l’Européen vit donc vingt à trente années de plus que l’Africain. Trente ans. C’est une vie entière. C’est énorme. C’est bouleversant.

 

Cette intolérable inégalité a également pour conséquence de ponctuer le temps africain aux rythmes des rites funéraires. Sur ces terres, les enterrements sont courants et la « grande famille (53)» se doit d’y être présente. Rituellement, de longues veillées accompagnent les défunts lors de leur dernier voyage. Il en résulte des annulations, des reports de rendez-vous courants dans le vécu quotidien des individus. En Afrique de l’Ouest francophone, le spectre de la mort frappe souvent aux portes des familles ; il constitue une préoccupation évoquée avec pudeur et humilité.

Heureusement, d’autres tendances démographiques plus joyeuses se dégagent. En effet, l’Afrique subsaharienne est sans conteste l’une des plus jeunes populations du globe. Les jeunes de la tranche 0 à 14 ans représentent plus de 40 % de la population(54). C’est un record mondial ! Nulle part ailleurs sur la planète on observe une telle particularité démographique. D’ailleurs, selon les nombreuses estimations, la population de l’Afrique subsaharienne va doubler dans les quarante prochaines années. Ce phénomène sans équivalent dans l’histoire de l’Humanité constitue certaine- ment une opportunité pour la communication. La jeunesse est une cible privilégiée pour de nombreux acteurs du développement. En la valorisant, en lui donnant confiance en ses capacités, on optimise nos capacités à la séduire. Et à la rendre plus séduisante à ses propres yeux.

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Ici, on habite à la campagne

Il y a près de quatre-vingt-dix millions de personnes en Afrique de l’Ouest francophone, et plus des deux tiers de ces individus habitent à la campagne. Ce dernier chiffre, « deux tiers », c’est une moyenne globale ; car dans la ventilation des populations sur les territoires, on constate des variations très éloignées d’un  État  à  l’autre.  La densité est extrêmement variable d’une contrée à l’autre. Par exemple, dans le delta central du Niger, la densité atteint quatre-vingt-dix habitants par km2. Elle passe à moins de cinq habitants par km2 dans la région saharienne du Nord. Pour nous, il s’agit d’organiser notre communication panafricaine en nous appuyant sur une organisation rationnelle des actions. Cette gestion rationnelle passe notamment par une connaissance approfondie de la distribution des populations sur les territoires

Ces particularités démographiques doivent également tenir compte de la répartition des nids urbains sur les territoires. Ces dernières années, on constate que l’Afrique de l’Ouest francophone s’urbanise à grande vitesse. Par exemple, Cotonou, la capitale économique du Bénin, n’abritait que cent cinquante mille habitants en 1960. Aujourd’hui, elle accueille plus d’un million cinq cent mille personnes. Chaque année cette capitale enregistre une poussée démographique de plus de cent cinquante mille personnes(56). En 2013, toutes les capitales économiques d’Afrique de l’Ouest francophone, sauf Niamey, recensaient plus d’un million cinq cent mille habitants, pour atteindre des chiffres records à Abidjan et à Dakar(57). Nombreux sont les jeunes Africains qui veulent sortir de leur condition villageoise précaire(58). Ils veulent du travail bien rémunéré afin de profiter des avantages de la ville. Mais les villes africaines offrent de moins en moins d’opportunités. En ville comme au village, l’avenir demeure incertain.

Aussi, les villes se trouvent envahies de jeunes qui ne savent ni où loger ni où dormir.

Pour couvrir un territoire aussi vaste, une population aussi dispersée, cela suppose des actions de communication spécifiques. Mais c’est loin d’être simple dans ces environnements particuliers. D’abord, les infrastructures techniques  sont très insuffisantes. Ensuite, un peu partout les routes nationales sont rares et peu aménagées. Les services de la poste rencontrent  des difficultés pour se financer et s’organiser, tandis que les médias peinent à couvrir l’ensemble du territoire. Et le coût de l’accès aux technologies de l’information reste très élevé, particulièrement dans les pays enclavés.

Pourtant, certaines informations internationales parviennent à atteindre les zones les plus reculées. Par exemple, la chercheuse Marie-Soleil Frère indiquait, au cours d’une conférence, qu’au lendemain des attentats contre le World Trade Center en 2001, des villageois du pays dogon, au Mali, connaissaient le nombre exact de victimes. Ils l’avaient retenu lors de discussions, d’échanges, par le bouche à oreille. Autant d’informations glanées ici et là à la radio, puis dans les marchés, les points d’eau, les « grins »(59). Ces espaces publics sont des lieux d’échanges et d’information constitutifs de l’opinion publique africaine.

Il y a près de quatre-vingt-dix millions de personnes en Afrique de l’Ouest francophone, et plus des deux tiers de ces individus habitent à la campagne. Ce dernier chiffre, « deux tiers », c’est une moyenne globale ; car dans la ventilation des populations sur les territoires, on constate des variations très éloignées d’un  État  à  l’autre.  La densité est extrêmement variable d’une contrée à l’autre. Par exemple, dans le delta central du Niger, la densité atteint quatre-vingt-dix habitants par km2. Elle passe à moins de cinq habitants par km2 dans la région saharienne du Nord. Pour nous, il s’agit d’organiser notre communication panafricaine en nous appuyant sur une organisation rationnelle des actions. Cette gestion rationnelle passe notamment par une connaissance approfondie de la distribution des populations sur les territoires

Ces particularités démographiques doivent également tenir compte de la répartition des nids urbains sur les territoires. Ces dernières années, on constate que l’Afrique de l’Ouest francophone s’urbanise à grande vitesse. Par exemple, Cotonou, la capitale économique du Bénin, n’abritait que cent cinquante mille habitants en 1960. Aujourd’hui, elle accueille plus d’un million cinq cent mille personnes. Chaque année cette capitale enregistre une poussée démographique de plus de cent cinquante mille personnes(56). En 2013, toutes les capitales économiques d’Afrique de l’Ouest francophone, sauf Niamey, recensaient plus d’un million cinq cent mille habitants, pour atteindre des chiffres records à Abidjan et à Dakar(57). Nombreux sont les jeunes Africains qui veulent sortir de leur condition villageoise précaire(58). Ils veulent du travail bien rémunéré afin de profiter des avantages de la ville. Mais les villes africaines offrent de moins en moins d’opportunités. En ville comme au village, l’avenir demeure incertain.

Aussi, les villes se trouvent envahies de jeunes qui ne savent ni où loger ni où dormir.

Pour couvrir un territoire aussi vaste, une population aussi dispersée, cela suppose des actions de communication spécifiques. Mais c’est loin d’être simple dans ces environnements particuliers. D’abord, les infrastructures techniques  sont très insuffisantes. Ensuite, un peu partout les routes nationales sont rares et peu aménagées. Les services de la poste rencontrent  des difficultés pour se financer et s’organiser, tandis que les médias peinent à couvrir l’ensemble du territoire. Et le coût de l’accès aux technologies de l’information reste très élevé, particulièrement dans les pays enclavés.

Pourtant, certaines informations internationales parviennent à atteindre les zones les plus reculées. Par exemple, la chercheuse Marie-Soleil Frère indiquait, au cours d’une conférence, qu’au lendemain des attentats contre le World Trade Center en 2001, des villageois du pays dogon, au Mali, connaissaient le nombre exact de victimes. Ils l’avaient retenu lors de discussions, d’échanges, par le bouche à oreille. Autant d’informations glanées ici et là à la radio, puis dans les marchés, les points d’eau, les « grins »(59). Ces espaces publics sont des lieux d’échanges et d’information constitutifs de l’opinion publique africaine.

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Sources et notes de l'auteur

51. « L’espérance de vie des Africains s’allonge, mais ils sont confrontés à un avenir incertain, selon un rapport de la BAD », site Internet de la Banque africaine de développement, http:// www.afdb.org consulté en septembre 2013.

52. « Espérance de vie – mortalité », site Internet de l’INSEE http://www.insee.fr consulté en septembre 2013

53. La « grande famille » désigne les cousins, neveux mais aussi les alliés de la famille africaine.

54. « Un phénomène sans équivalent dans l’humanité » Jean-Michel Severino, ancien direc- teur de l’Agence française de développement. T.F., art. « Afrique : Le grand bond en avant ? », Challenges, juin 2010.

55. « L’espérance de vie des Africains s’allonge, mais ils sont confrontés à un avenir incertain, selon un rapport de la BAD », Site Internet de la Banque africaine de développement, http:// www.afdb.org consulté en septembre 2013.

56. T.F., art. « Afrique : Le grand bond en avant ? », Challenges, Juin 2010.

57. Boisselet P., « Les 50 agglomérations de plus de 1 million d’habitants », Jeune Afrique Spécial N°4, Spécial villes, édition 2013.

58. Maxkupelesa I., « L’exode rural africain », 2006, site Internet http://pygmalioneducation. free.fr consulté en Avril 2013.

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