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Étudiants et enseignants en communication trouveront dans ce livre des ressources inestimables. Professionnels et responsables d’institutions y trouveront tout autant de quoi refonder leur vision et de la communication et de l’Afrique de l’Ouest, c’est-à-dire de la communication en Afrique de l’Ouest.

El Hadj Hamidou Kassé

(Chef du Pool Communication du Président Macky Sall)

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  • La richesse linguistique populaire

  • Le français, langue de crête

  • De nombreuses langues de base et langues de masse

  • La gestion du multilinguisme à l'écrit, une épreuve nécessaire

  • Illettrisme et communication : entendre, dialoguer et voir faire

La gestion des langues de la communication

Clés pour la communication

Sixième partie - Chapitre 1

La richesse linguistique populaire

Dans cet environnement polyglotte où les langues se mélangent et s’influencent les unes les autres, le principal défi du communicant consiste à organiser rationnellement la gestion du multilinguisme.

 

Cette organisation peut être optimisée en recherchant des formules d’interfaçage. Ces formules d’interfaçage prennent leur source dans les zones de contact des trois grandes familles de langues : langue de crête, de masse ou de base.

 

Certaines formules peuvent interpénétrer toutes les couches sociales de la société, sans distinction de statut. En recherchant des dispositifs qui permettent échanges et interactions entre les différentes langues, le communicant optimise sa capacité à se faire comprendre par un plus grand nombre de personnes.

 

SECTION INEDITE

 

Sixième partie - Chapitre 2

Le français, langue de crête

La langue française joue un rôle dominant dans la plupart des secteurs de la vie nationale : enseignements secondaires et universitaires, administrations, sciences et technologies modernes. Elle reste la langue des échanges internationaux tant à échelle sous régionale qu’internationale, c’est la langue des décideurs politiques et économiques modernes de haut niveau.

Ainsi, la langue française peut se révéler synonyme de prestige, de luxe ou d’enseignement modernes. Elle peut également être associée aux valeurs de liberté d’expression et à leurs contraires : aux dictatures. Dans une parodie communicationnelle, avec humour et légèreté, on peut instrumentaliser certains symboles de la douleur. Attention cependant aux effets double-face des symboles trop nets. En effet, comme de nombreuses langues importées par les anciens colons, on accroche au français des valeurs négatives telles que la domination culturelle, l’emploi de la force et de la ruse, la douleur, voire la perte de dignité. Le communicant peut cependant transformer ces valeurs négatives en créant les conditions d’appropriation de la langue, de son africanisation.

La langue française académique servira au communicant pour l’élaboration de messages écrits s’adressant en priorité à des individus lettrés francophones. Cette cible représente grosso-modo moins de 20% de la population d’Afrique de l’Ouest francophone qui détient certainement plus de 90% des richesses monétaires. Ceci, tout en prenant garde d’instrumentaliser suffisamment l’africanisation de cette langue afin de favoriser l’éveil d’un sentiment de maîtrise par ses publics, par exemple dans le choix des titres de paragraphes.

La langue française peut également s’immiscer dans des communications orales à destination des publics en langue de masse et de base. Par exemple, on peut parsemer les textes de locutions adverbiales ou d’adjectifs français. Ce faisant, on suscite des idées liées à la maîtrise sans toutefois les survaloriser. Elle a valeur de rassemblement panafricain car la plupart des peuples de la sous-région la partagent, au moins partiellement.

Pour communiquer à l’endroit du grand public ivoirien où les francophones sont plus nombreux qu’ailleurs, le communicant doit préférer l’usage d’un français « africanisé » plutôt que celui d’un français académique. Cet exercice crée les conditions d’une meilleure appropriation citoyenne. A l’instar des individus, il enlèvera des articles ou supprimera certains mots, particulièrement lors de communications orales. Il peut également inventer des mots ou des expressions mêlant français et langues africaines. Car inventer un langage, en Afrique, est une pratique commune.

Exemples de différences linguistiques

 

Sixième partie - Chapitre 3

De nombreuses langues de base et langues de masse

La dynamique des langues et des sociétés fait que les trois couches de la pyramide (langues de base, de masse et de crête) ne restent pas statiques ni étanches. Elles glissent les unes vers les autres et se mélangent, créant ainsi de nouveaux langages. Ainsi, les langues de masse grignotent peu à peu du terrain. Elles influencent et sont influencées aussi bien par les langues de crête que par les langues de base. C’est ici, aux abords de ces ères d’interfaçage, que s’effectue la synthèse entre la tradition et la modernité. C’est ici que le communicant doit élaborer sa stratégie langagière pour la communication grand public.

Dans le contexte étudié où plusieurs dizaines de langues se côtoient et se mélangent, il serait idéal de pouvoir transmettre les messages en autant de langues s’interpénétrant les unes-les autres. Mais la diversité des langues, l’étendue des territoires alliées aux coûts des outils de communication constituent autant de freins. A défaut de pouvoir communiquer en autant de langues, on peut choisir de décliner notre message en fonction des objectifs ciblés de l’organisation, tout en rationalisant la gestion du multilinguisme.

Ainsi, si les objectifs de la communication rejoignent des valeurs de tradition et de modernité, mais aussi d’intégration et de solidarité, l’utilisation de mécanismes d’interconnexion et d’interpénétration entre les langues de base et les langues de masse peut se révéler efficace.

 

S’il s’agit de faire converger des valeurs d’excellence et de maîtrise avec des valeurs de solidarité et d’intercompréhension mutuelle, le communicant peut s’appuyer sur les ères d’interfaçage entre langues de crête et de masse. En revanche, pour éveiller des valeurs liées à la tradition profonde, aux savoirs faire ancestraux et au prestige, le communicant peut choisir de ponctuer de locutions adverbiales ou autres expressions françaises sa communication élaborée en langue de base et de masse.

Pour finir, on peut imaginer une communication qui instrumentalise un ensemble de mots issus des langues de crête, de masse et de base. En valorisant le multilinguisme, le communicant valorise l’identité africaine. En donnant l’illusion de créer une langue avec des mots empruntés et importés, il ne bouscule pas les habitudes de ses publics ; à l’inverse, il s’inscrit dans leur imaginaire. Il maîtrise plusieurs langues, il  suscite leur désir. Tout ceci, sans oublier que rédiger un message de communication multilingue, même court, constitue un exercice difficile qui nécessite l’alliance de beaucoup de connaissance et de rigueur. Les choix de chaque mot, de chaque langue, de la structure grammaticale de chaque locution revêtent une importance capitale. Aussi le professionnel de la communication n’hésitera pas à s’entourer des conseils de linguistes pour l’élaboration de ses messages une fois leur contenu et leur ambiance identifiés.

Sixième partie - Chapitre 4

La gestion du multilinguisme à l'écrit, une épreuve nécessaire

 

Cette réappropriation des langues africaines reflète un signe des temps. Elle est le symbole de la résurgence de la culture africaine, de sa réappropriation par les africains eux-mêmes. Ces signes sont utiles au communicant qui souhaite valoriser cette identité.

A partir de ces observations, on peut déduire que de courts messages écrits peuvent être rédigés dans une ou plusieurs langues africaines de masse ou de base, en alphabet ARA. Ceci, sans omettre d'inter-mélanger les différentes langues.

L’alphabet « n’ko », moins connu, peut également contribuer à valoriser grandement les peuples d’Afrique de l’Ouest. De plus les signes  « n’ko », tout en rondeurs et en fantaisies, ne manquent pas d’esthétisme. Ils peuvent contribuer à susciter l’intérêt des publics. Le communicant peut ainsi les instrumentaliser, par exemple en fond d’écran d’une publicité audiovisuelle ou sur des panneaux d’affichage. L’alphabet « n’ko » et les pictogrammes n’étant compris que par peu d’individus, le communicant pourra s’en inspirer pour appuyer l’africanité d’un produit ou d’un service, pas forcément pour transcrire un message dans sa totalité.

 

Sixième partie - Chapitre 5

Illettrisme et communication :

Entendre, dialoguer et voir faire

La mobilité des populations et, en particulier, l’urbanisation croissante font que les langues tendent à se « déterritorialiser ». Elles permettent de moins en moins d’en matérialiser sur une carte les aires d’usage (144). Mais heureusement, dans chacun des sept pays étudiés, des langues de masse ou véhiculaires de grande diffusion se distinguent de par leur grand nombre d’usagers. C’est sur ces langues que le communicant s’appuie en première instance s’il souhaite atteindre le plus grand nombre. Mais pas seulement. L’idéal est de parsemer ses messages de mots issus des langues de base ou de crête, afin d’y insuffler d’autres  valeurs.

 

En effet, chaque langue véhicule des valeurs différentes, souvent complémentaires. Le principal travail du communicant consiste à gérer rationnellement l’organisation d’une communication multilingue, tout en inscrivant ses messages dans les habitudes des populations.

L’idée du tableau suivant est de synthétiser les valeurs associées aux différentes familles de langues distinguées. En effet, une fois que l’accroche a été trouvée, que l’attention a été attirée et que l’intérêt des cibles est éveillé, le désir peut être activé par l’usage de langues dont les valeurs s’inscrivent dans l’imaginaire des publics. Le communicant peut donc utiliser ce tableau comme un outil lui permettant d’adapter le multilinguisme aux valeurs visées. Ceci bien sûr, en les faisant concorder avec les objectifs préalablement identifiés de sa communication.

Le communicant doit également rechercher des formules d’interfaçage entre les différentes langues, ainsi que des formules de complémentarité linguistique (français africanisé, ou langue de masse francisée comme le nouchi par exemple). Tout ceci, en élaborant son message avec une langue de masse comme base de sa communication s’il souhaite atteindre le plus grand nombre. Cette base sera ensuite enrichie de locutions françaises et / ou issues des langues de base, en accord avec les objectifs visés.

 

La communication, c’est apprendre à gérer les différences qui nous séparent, c’est produire de l’amitié et du commun entre les parties d’une totalité sociale.

Le choix des langues de la communication doit s’adapter aux configurations linguistiques des pays. Pour mieux se faire comprendre le communicant choisit d’organiser rationnellement la gestion du multilinguisme. Le schéma ci-dessous ne constitue pas un modèle idoine mais plutôt une base à partir de laquelle des hypothèses peuvent être émises.

Avertissement

Ce modèle constitue un exemple de gestion des langues; il ne constitue pas un exemple empirique.

Chaque communicant aura la tâche d'organiser rationnellement ses communications en fonction des produits ou services, et des cibles visées.

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Sources et notes de l'auteur

144. CHAUDENSON R., Plurilinguisme et développement en Afrique subsaharienne francophone : Les problèmes de la communication. Cahier des sciences humaines n°27, 1991