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Étudiants et enseignants en communication trouveront dans ce livre des ressources inestimables. Professionnels et responsables d’institutions y trouveront tout autant de quoi refonder leur vision et de la communication et de l’Afrique de l’Ouest, c’est-à-dire de la communication en Afrique de l’Ouest.

El Hadj Hamidou Kassé

(Chef du Pool Communication du Président Macky Sall)

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L'intelligence est collective et le savoir ne vaut que s'il est partagé par tous.

El Hadj Hamidou Kassé est philosophe de formation. Quelques temps journaliste au sein du groupe sénégalais « Sud Communication », il dirige plus tard le magazine « L’Espace nouveau » puis le quotidien national « Le Soleil ». Il travaille ensuite dans l’équipe de communication du président malien Amadou Toumani Touré. Après l’élection de Macky Sall à la tête du Sénégal, il devient chef du pool de communication de la Présidence de la République.

En 2013, El Hadj est nommé Président du Comité scientifique du XVe Sommet de la Francophonie.

El Hadj Hamidou KASSE

Préface

Séverine Laurent ne verse pas dans les généralisations abstraites. Le titre de son livre, Clés pour la communication en Afrique de l’Ouest, indique immédiatement sa démarche : elle tire ses hypothèses et ses conclusions conceptuelles et méthodologiques d’une fine observation de l’environne- ment ouest-africain. La réflexion sur la communication, concept majeur des temps modernes, charrie, ici, le vécu quotidien de peuples qui ont, très tôt, compris que communiquer, c’est agir. J’ai rencontré l’auteur de ce livre alors que j’effectuais diverses missions d’étude sur la communication dans les stratégies et pratiques de développement. La question que nous partageons, et qui traversait incidemment nos échanges, était, sans être formulée, la suivante : que veut dire communiquer ?

 

À la lecture de son ouvrage, la réponse à la question reste ouverte parce qu’elle s’éclaire de plusieurs  variables et paramètres qui font de la communication, dans l’environnement socioculturel, non pas une « pratique » détachée et autonome, mais un aspect mêlé et diffus dans le corps social. Plus précisément, Séverine Laurent nous dicte une manière de considérer la communication comme une pratique sociale et humaine toujours située dont les codes et modes d’effectuation tirent, par conséquent, leur ressort d’un tout historique, traditions et mutations comprises, économique, culturel, social et psychosociologique. L’Afrique de l’Ouest comme « continent communiquant » se présente ainsi dans des déterminations qui singularisent ses modèles de « relation » à soi et à l’autre.

Communiquer, c’est, essentiellement, comme le propose l’auteure, se comprendre pour mieux comprendre son interlocuteur. L’autre n’est pas un point de reflet. Il est une singularité irréductible que je ne saurais faire « adhérer » à une cause sans intégrer ses aspirations et ses inspirations, ses plaintes et ses complaintes, son histoire et son vécu, son univers socioculturel et son environnement économique, politique, technologique, le lien communautaire dans lequel il évolue. Nous sommes loin du « modèle unique », en l’occurrence le schéma canonique de la communication qui repose sur la relation linéaire et essentiellement pragmatique entre interlocuteurs. Séverine Laurent trouve la communication beaucoup plus complexe.

Voilà pourquoi elle visite l’Afrique de l’Ouest sans le prisme, souvent déformant, des appareils conceptuels  et méthodologiques « extérieurs » à leur objet d’étude.  Ici, on apprend d’une approche plus descriptive qu’analytique qui offre au lecteur plusieurs portes d’entrée pour saisir la communication dans le contexte ouest-africain. Et Séverine Laurent rend bien compte de ce concept du point de vue de l’histoire comme des actualités. Elle situe son propos dans la longue durée, de la période   préhistorique à nos jours marqués par la mondialisation, en passant par les périodes de la traite négrière, de la colonisation et des indépendances. Les « croyances », les épopées, les héroïsmes et les mythes fondateurs qui charrient cette longue histoire constituent, en sus des imaginaires et des fonctions régulatrices de certaines catégories de la population des ressources précieuses et pour la communication en Afrique de l’Ouest et des clés pour comprendre cette dernière. L’approche de Séverine Laurent va, ainsi, beaucoup plus loin que la mode des « story telling » basée plus sur l’idéal héroïque individuel que sur l’histoire en tant que construction des peuples qui génèrent eux-mêmes les figures emblématiques de leurs résistances et de leur génie créateur. « Communiquer, c’est un peu raconter une histoire », dit l’auteure. Le comprendre, c’est se doter des moyens d’une appropriation contemporaine de codes, de figures et de moments cruciaux dans l’histoire pour construire un mode de communication qui ait un sens pour les Ouest-Africains.

 

Cette manière de voir les ressorts de la communication ne tombe pas, cependant, dans le piège  d’une admiration béate du passé. L’auteure  est consciente du fait que « l’Afrique bouge, elle se transforme, son théâtre mental se modifie » et que « sa jeunesse bouillonne, elle grandit, et, avec elle, de nouvelles façons de conceptualiser le   monde émergent ». Pour mieux le comprendre, il fallait bien, comme l’a fait S. Laurent, s’aider d’une plongée dans le passé. Et elle y arrive très utilement. C’est ainsi qu’elle dresse une véritable galerie de personnages hautement significatifs, historiquement symboliques et tout à fait exemplaires pour les peuples d’Afrique de l’Ouest et dont l’évocation suggestive ou directe enrichit les codes et les modes de communication.

Aussi, la communication n’est pas uniquement instrumentale. Elle est aussi un levier de connaissance et de conscience qui, déployée, participe à la création d’une communauté de destin et à la cohérence de l’action collective qui, du point de sa finalité, tente de faire émerger un monde meilleur. Une telle approche est tout aussi capitale dans les modes de communication commerciale ou politique.

Dans la photographie de l’environnement qui détermine la communication, l’auteure identifie d’autres paramètres et variables décisifs : l’âge, la tradition orale, le genre, la zone d’habitation (ville/village), le temps, et, entre autres, les relais fonctionnels dans la vie sociale, le théâtre mental des individus et des groupes, etc.

 

Séverine Laurent ne fait pas dans les schématisations lapidaires ou des systématisations forcées. Elle semble pour- tant dire, avec une rigueur admirable, que l’art de communiquer implique l’appui sur ces déterminations spécifiques qui valorisent la personne ou le groupe, donnent au message du sens et un potentiel intéressant de séduction si tant est que la communication est, également, une entre- prise de séduction. La démarche est appliquée à l’identification des supports, formes et espaces de  communication dont on sait, depuis Mc Luhan, qu’ils affectent du sens au message, lui donnent de l’amplitude et de la résonance tout en encadrant les seuils de sa réceptivité.

Séverine Laurent connaît l’Afrique de l’Ouest. Elle la connaît bien. Ce livre en est une preuve à la fois lettrée et chiffrée. Et c’est parce qu’elle la connaît qu’elle peut proposer des schémas et des modèles de   communication à la fois adaptés et efficaces. C’est parce qu’elle la connaît, dans son histoire et ses actualités, qu’elle a su éviter le piège des raccourcis, des citations faciles (tactique du tiroir pour masquer les déficits de maîtrise) et des généralisations hâtives. Ses voyages et longs séjours dans presque tous les pays d’Afrique de l’Ouest sont loin du mode touristique : brefs passages, goût de l’exotisme, souvenirs de façade et vague nostalgie. Séverine Laurent a effectué des séjours en profondeur pour rencontrer les équations d’une réalité qu’elle tente de comprendre de la manière la plus sérieuse et la plus rigoureuse. Comme je l’ai rappelé, elle avait pris le parti du terrain selon une approche plutôt originale : elle n’était ni chercheuse armée de ses cadres conceptuels et méthodologiques, venue juste pour recueillir, repartir et conceptualiser. Elle n’était pas seulement une professionnelle accompagnant des télévisions naissantes ou effectuant des missions de consultation. Elle n’était pas seulement une sociologue à la démarche inclusive et participative. Elle était tout à la fois, et surtout elle était et est une fervente militante d’une Afrique debout et prête pour les enjeux et les défis du présent et du futur.

On peut admirer la langue chaude de ce livre, son approche descriptive assortie de leçon, traduisant une puissante  pédagogie  et  la  volonté  de  transmettre     un vécu. N’est-ce pas, par ailleurs, une des fonctions de la communication ?

 

Étudiants et enseignants en communication trouveront dans ce livre des ressources inestimables. Professionnels et responsables d’institutions y trouveront tout autant de quoi refonder leur vision et de la communication et de l’Afrique de l’Ouest, c’est-à-dire de la communication en Afrique de l’Ouest. Elle comble, ainsi, sans prétention aucune, un déficit car la combinaison des approches de communication et des théories de développement personnel qu’elle a tentée est inédite.

 

El Hadj H. KASSÉ - 2014