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Étudiants et enseignants en communication trouveront dans ce livre des ressources inestimables. Professionnels et responsables d’institutions y trouveront tout autant de quoi refonder leur vision et de la communication et de l’Afrique de l’Ouest, c’est-à-dire de la communication en Afrique de l’Ouest.

El Hadj Hamidou Kassé

(Chef du Pool Communication du Président Macky Sall)

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L'intelligence est collective et le savoir ne vaut que s'il est partagé par tous.

Alexis Moréno est Docteur en Communication politique. Conférencier et Formateur dans les grandes Écoles, ce sociologue de la communication politique est aussi Consultant indépendant

Alexis MORENO

PRESENTATION

Dans une Afrique en plein boom, Séverine Laurent participe, dans ce livre, à éclairer un continent qui lui a tout appris. Elle rend hommage à tous ces Africains qui lui ont offert sa chance dans le monde de la communication. Ici, à sa manière, elle rend hommage aux dons reçus.

Dans un style accessible et enjoué, elle nous fait voir une autre Afrique. Une Afrique aux mille couleurs. Son écriture blanche est documentaire. Elle offre au lecteur le sentiment intimiste d’être sur le terrain. En croisant les références et la réalité des loisirs, de la colonisation et des styles de vie, la communicante raconte cette Afrique des métropoles et des villages, des petits gens et des mythologies historiques et contemporaines. Par la diversité des thèmes abordés, le continent noir est récité dans ses carrefours symboliques et ses flottements. Ses rythmes et ses silences. Autant de lignes de tensions qu’elle souligne pour donner charme et relief à l’histoire d’un continent en pleine métamorphose.

Versée dans la sociologie du changement, l’auteure nous présente ce continent avec tendresse. Il faut le dire, l’écri- vaine a parcouru le monde. Mais elle cultive un béguin particulier pour l’Afrique. Quand elle parle d’Afrique, cette baroudeuse sait de quoi elle parle. Vingt ans sur le terrain et loin des bibliothèques européennes ou elle aurait pu s’enfermer pour fantasmer une Afrique imaginaire, sa curiosité sociologique nous peint le territoire avec une précision clinique. Elle est loin des grandes théories abstraites mais proche des gens. Oui, proche. Ses rencontres lui ont appris les coutumes et les rites traditionnels. Mais aussi les façons de vivre, de mourir et d’aimer. Au fil des pages, comme le petit poucet, elle égraine les anecdotes dont la force d’évocation nous fait voyager au cœur de l’émotion africaine.

Elle connaît l’Afrique d’en bas mais aussi celle du haut. Durant ses pérégrinations, cette Hemingway au féminin réinterroge l’histoire de la colonisation et ses impacts poli- tiques. En tentant de comprendre la mémoire, l’écrivaine nous décrit au cutter la formidable histoire de l’émancipation africaine en train de s’écrire.

Ce livre fait voyager et parle de la manière dont le continent récupère et bricole les codes de la mondialisation. Aujourd’hui, la jeunesse  africaine  s’informe, consomme et travaille. Sa population explose et vit au rythme des médias. En 2013, le géant africain affiche des taux de croissance indécents et supérieurs aux pays européens. Les investisseurs russes, brésiliens et chinois investissent dans tous les secteurs d’activités. Bref, l’Afrique bouge. L’Afrique se transforme.

Mais, l’auteure milite pour une autre mondialisation. Une mondialisation durable et responsable. Une mondialisation souriante envers les identités et les valeurs panafricaines. Son désir est tourné vers un développement fait par et pour les Africains. Dans une mondialisation économique carnivore et peu soucieuse des valeurs nationales, elle veut que tout un chacun puisse faire entendre ses propres singularités culturelles.

En refusant les influences extérieures du néocolonialisme économique, l’écrivaine souhaite une Afrique moins fascinée et façonnée par les publicités et les marchandises occidentales. Au contraire, elle croit que l’Afrique peut garder ses valeurs et imposer sa plus-value symbolique à ses propres marchandises. Avec les sciences de la communication, Séverine Laurent considère que le  continent peut rester fidèle à lui-même. Démocratiser les conditions d’accès aux sciences de la communication peut faciliter la force persuasive de l’Afrique pour négocier sa place dans la mondialisation. Dans ce cadre, on comprend les motivations pour faire jouer un plus grand rôle à la communication dans le développement africain.

J’estime qu’elle a bien raison de porter un intérêt à la communication sous l’angle du développement personnel comme levier d’émancipation collective. Le développement personnel comme la communication en général ont chacun, bien sûr, leurs spécificités et leurs concepts. Ainsi que leurs auteurs et leurs églises avec leurs Professeurs d’Université en guise de chiens de garde de l’orthodoxie de la division du travail scientifique. Ici, la mobilisation de ces deux disciplines est un parti pris justifié par le rôle que jouent les croyances dans les organisations sociales.

Dans cet ouvrage, Séverine Laurent fait dialoguer ces deux sciences. Mais aussi l’histoire, le droit de la communication, la psychosociologie et la philosophie. Et elle le fait bien ! Son sens de la complexité est éprouvé par un constant aller-retour entre l’observation du terrain et ses éclairages interdisciplinaires. Ce faisant, l’auteure donne un message universel en disant que la communication est la science de l’écoute des croyances d’autrui.

La culture stratégique des sciences de la communication est d’essence féminine. Comme, l’eau, elle s’adapte avec justesse à tous les écrans mentaux et culturels. Elle écoute les bruissements de sens qui circulent dans les échanges interculturels. En écoutant, elle infiltre tous les recoins mystérieux des cultures et de la psyché humaine. Elle permet de mieux apprendre des autres, des clients, des citoyens et des partenaires de travail. Comme il n’y a de richesse que d’hommes, la communication est un vecteur cardinal de développement socioéconomique. Et Séverine Laurent à bien compris le rôle que la communication peut jouer dans le développement africain.

Si demain l’Afrique veut faire entendre sa voix et sa singularité culturelle, elle ne doit pas tant d’abord communiquer selon les codes extérieurs que communiquer avec ses propres codes. Bref, l’Afrique doit communiquer avec elle-même pour s’affirmer et communiquer tranquillement à la table de la mondialisation.

Le crédo de Séverine Laurent est celui-ci : « Si tu veux te développer, influence toi d’abord toi-même avant de vouloir influencer autrui pour négocier ta place. On ne croit que ceux qui ont confiance en eux. Alors communique d’abord avec toi-même avant de vouloir communiquer avec autrui. »

De plus, dans ce livre, on est loin d’une vision diffusionniste du développement par des technologies de la communication innovantes. À rebours des croyances occidentales, l’écrivaine comprend le développement des Africains par l’autonomie. Depuis bien longtemps, cette intellectuelle cultive l’ardente conviction que c’est en donnant la parole aux gens que le développement peut se faire. Autrement dit, le développement par une communication responsable est une communication qui dialogue avec autrui pour obtenir son consentement et sa confiance.

Longtemps les colons ont diffusé une image infantilisée des Africains. Dans ce contexte de condescendance culturelle, des modèles de développement furent transposés de l’Occident vers l’Afrique. Or, depuis la seconde guerre mondiale ce modèle ne marche pas. Il crée des résistances. Prenant le contre-pied des vieux modèles fatigués, l’auteure accorde une plus large place aux émotions des gens, au terrain et à la proximité. Elle part du principe que l’on ne construit pas en imposant. La philosophie de ce livre se positionne contre cette vision du développement par le haut consistant à dire que la science innove, les marchands internationaux appliquent et les Africains suivent. Au lieu de partir de la croyance que le progrès passe du haut vers le bas, du centre vers la périphérie et de l’Occident vers l’Afrique, elle considère les voix du développement par les populations elles-mêmes.

Les anciens Européens ont trop longtemps décidé pour autrui de ce qu’était le bonheur ou « la vie bonne ». Or dans ce livre, le « développement par la communication » est décrit comme la liberté donnée à chaque individu de mener tel ou tel type de vie. Ou de choisir tel ou tel type de modèle social. En décrivant les us et les coutumes de la culture africaine, l’écrivaine interroge ce qui peut fonder le sens de l’autonomie.

Ainsi, elle abolit volontairement la fausse distinction entre ceux qui auraient les savoirs surplombants dits pertinents et ceux qui possèderaient des lectures ésotériques ou naïves du monde. Retenant les parts sombres de l’histoire entre l’Europe et l’Afrique, elle conchie à chaque ligne de cet ouvrage toute forme de condescendance culturelle consistant à dire : « Moi je sais mieux que vous. »

Cette humilité est un marqueur fort de sa culture d’autodidacte confirmée. Elle a compris que l’on n’impose pas le développement comme on impose la démocratie en Irak. Non, elle n’admet le développement intellectuel et technique que par les chemins de l’empathie. Elle nous fait passer le message que c’est par la coopération et le sens de l’amitié que l’on se développe. Apprendre de l’autre pour se développer. Apprendre de l’autre pour mieux faire entendre sa voix. Bref, entendre l’autre pour mieux communiquer et apprendre à se supporter, tel est le fil rouge de l’ouvrage.

 

Docteur Alexis MORÉNO