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Étudiants et enseignants en communication trouveront dans ce livre des ressources inestimables. Professionnels et responsables d’institutions y trouveront tout autant de quoi refonder leur vision et de la communication et de l’Afrique de l’Ouest, c’est-à-dire de la communication en Afrique de l’Ouest.

El Hadj Hamidou Kassé

(Chef du Pool Communication du Président Macky Sall)

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PREMIERE PARTIE

PREMIERE PARTIE

Un peu d'Histoire pour mieux comprendre

Sommaire

1. Les épopées héroïques africaines

(de l’an 300 à 1850)

2. Une colonisation douloureuse

(1850 à 1960)

3. Des indépendances controversées

(1960 à nos jours)

Introduction

Comprendre l’histoire des peuples, c’est comprendre d’où ils viennent, ce qui les a construits. C’est comprendre leurs valeurs, leurs traditions ; un peu leurs théâtres mentaux. C’est donc un passage nécessaire pour toute personne cherchant à mieux définir les caractéristiques d’une population pour mieux communiquer à son endroit. Un bref rappel historique du riche parcours de cette Afrique-là permettra de mieux comprendre l’actuelle organisation de ces sociétés. Dans cette démarche, il est important de souligner que peu de vestiges historiques pré-coloniaux subsistent. Les quelques manuscrits ayant réussi à traverser les âges sont de plus en plus rares. Quant aux constructions architecturales, la plupart n’ont pas survécu au climat, au temps qui passe ou aux guerres successives. Et puis, ici « être un Homme », c’est construire sa maison, ce n’est pas habiter celle de ses parents. Traditionnellement, dans plusieurs régions d’Afrique de l’Ouest, on construit sa maison pour l’habiter, pas pour la transmettre. Il faut aussi retenir que les premiers colons d’Afrique francophone avaient choisi d’acculturer les populations. Ils enseignèrent une autre histoire aux petites têtes brunes d’alors : l’histoire de « nos ancêtres les Gaulois» ou celle de « méchants Africains qui mangeaient leurs enfants(1) ».

Dans ce contexte, les gardiennes de l’histoire africaine demeurèrent longtemps les paroles des griots : véritables passerelles de la mémoire, elles se transmettent, jusqu’à aujourd’hui, de génération en génération. Oui, mais chaque griot choisit ses mots et, au fil des siècles, des pans entiers de l’Histoire africaine disparurent. Ce n’est qu’à partir des années 1980 que l’on commença à rassembler et à recenser les savoirs des griots et des scientifiques. Sous l’égide de l’UNESCO et avec l’historien burkinabé Joseph Ki-Zerbo, un comité de travail fut constitué. Une Histoire générale de l’Afrique(2) s’écrivit et de nombreux extraits de cet ouvrage peuvent être consultés sur l’encyclopédie participative Wikipedia.

Dans cette première partie, nous nous attarderons sur ces périodes caractéristiques qui ont marqué ces territoires. Nous tenterons d’extraire les symboliques les plus significatives afin d’optimiser le degré de persuasion d’une communication. Ceci, en identifiant les marqueurs de l’héroïsme, du plaisir et de la fierté africains. On pourra ensuite utiliser ces symboles dans une communication panafricaine liée au développement.

Les épopées héroïques africaines

(de l’an 300 à 1850)

 

Pour aborder l’histoire africaine dans son ensemble, cherchons d’abord très loin, du côté des scientifiques, des paléontologues. De toutes les nationalités. Une phrase raisonne alors, une phrase que l’on a tous entendue au moins une fois : « l’Afrique est le berceau de l’humanité. » Cette phrase toute simple est pleine de sens ; elle éveille la fierté de tout un continent, de tous ses descendants. D’après la plupart des théoriciens de la raison, l’histoire des hominidés commence ici, au cœur de ces territoires. Toute vie humaine prend sa source sur ce continent. Voilà une particularité unique au monde, un symbole quasi universel pour beaucoup d’humains... Une belle ambiance pour un message de communication.

Continuons  le  fil  de  l’histoire  en  remontant  dans le temps, très loin aussi mais brièvement, pour mieux comprendre. Arrêtons-nous il y a plus de dix mille ans.

À cette époque, le circum-sahélien aurait été une région fertile et peuplée. Les premières traces de culture du riz et du sorgho(7)  remontent vraisemblablement aux  années 5 000 avant l’ère chrétienne. Selon toute vraisemblance, le Sahara commença à s’assécher vers cette période, et c’est alors que ses habitants prirent la route en direction de contrées plus accueillantes(8).

Les sociétés sont le produit de plusieurs facteurs géographiques et historiques. Sur l’actuel territoire de l’Afrique de l’Ouest, on sait que différents groupes se répartirent au fil des ans. Par exemple, au sud, du Sénégal jusqu’au golfe de Guinée, la forêt équatoriale fut occupée par des populations parlant des langues d’origine nigéro-congolaises. Plus au nord, des petites communautés parlant différentes langues à consonance nilo-sahariennes s’installèrent. Ces groupes sociaux se dispersèrent ensuite le long du Moyen- Niger puis rejoignirent les rives du lac Tchad afin de se rapprocher des plaines propices à l’agriculture. Plus au sud, des peuples de langues soudanaises se dispersèrent sur l’actuel territoire de la Côte d’Ivoire, situé entre l’équateur et le tropique du Cancer. Avec le temps, tous ces peuples s’organisèrent en de nombreux clans.

À présent, faisons un double pas en avant pour aborder les séquences historiques flamboyantes traversées par ces populations. Ces séquences historiques, ce sont les empires successifs qui marquèrent l’Afrique de l’Ouest. D’abord, dès l’an 300 après J.-C., l’empire de Ghana(9)    commença à  rassembler  une  partie  des  actuels  Mali,  Sénégal et Mauritanie. Ce royaume aurait été fondé par les Soninké, un peuple de religion animiste vivant à la limite sud du Sahara.

C’est vers le début du XIe siècle que les rois de Koukia venus de la région du Niger s’installèrent à Gao. C’est à cette époque qu’ils se convertirent à l’islam. Dans cet élan, Tombouctou devint la capitale économique, intellectuelle et spirituelle de l’empire. Ensuite, vers le XIIe siècle, des Berbères et des peuples de la vallée du Niger, les Songhaï, s’allièrent pour fuir l’invasion des Arabes venus d’Afrique du Nord. Ils fondèrent l’empire du Songhaï qui regroupait alors une partie du Mali et du Niger, mais aussi du Nigeria et du Burkina Faso. La capitale de l’empire fut établie à Gao, au Mali.

 

Dans le même temps, plus au sud, les premiers royaumes mossi se constituaient sur le territoire du Burkina Faso. Bâtis sur une stabilité politique solide, ces royaumes présentaient une formidable cohésion sociale. Les rois, appelés « Mogho Nabaa » à Ouagadougou, bénéficiaient d’une influence certaine et d’une grande légitimité sociale. D’ailleurs, encore aujourd’hui, le terme de « Mogho » est utilisé pour désigner un leader écouté.

 

Vers l’an 1235, l’empire de Ghana fut conquis par les Malinké(10), un peuple présent principalement au Mali et en Guinée. Sous le commandement du guerrier Soundiata Keïta, le nouvel empire  du  Mali  étendit  ses frontières du Sahara à la forêt équatoriale, en passant par l’océan Atlantique et jusqu’à la boucle du Niger(11). C’est presque le territoire de l’UEMOA(12) aujourd’hui. Avec ce chef charismatique, la première constitution africaine fut déclamée  : « La charte de Kuru Kan Fuga » ou « charte du Mandé » ou encore « charte du Manding». Cette charte, inscrite au patrimoine universel de l’humanité par l’UNESCO depuis 2009, encadrait les rapports entre les individus et les communautés de l’empire. Ainsi, la population fut répartie en trente clans, et chaque clan détenait son propre rôle social : les griots, les marabouts, les chefs, etc. Jusqu’à ce jour, cette charte continue d’inspirer les rapports entre les individus et les groupes. Ce texte est d’ailleurs considéré comme l’une des plus anciennes références philosophiques concernant la définition des droits fondamentaux des êtres humains.

Soundiata Keïta mit progressivement en place une organisation militaire et administrative. Tout ceci, avec une idée centrale : toutes les décisions devaient se prendre dans un esprit de collégialité. Notons également que, dans les discours des griots, Soundiata Keïta était comparé à Alexandre le Grand(13) dont les péripéties étaient connues dans tout l’empire. S. Keïta, chef charismatique décéda vers 1255, par noyade selon certains. D’après la légende, il se serait ensuite réincarné en hippopotame, l’actuel emblème du Mali. Vers 1310, l’un de ses successeur Aboubakar II, entreprit un projet fou : celui de traverser l’océan Atlantique en direction de terres inconnues. Avec des centaines de pirogues, ce Christophe Colomb avant l’heure organisa deux expéditions en partance du Sénégal et à destination des Amériques. Selon différentes sources, personne ne revint de ce périple. Mais des griots soutiennent qu’Aboubakar II revint de ses aventures une dizaine d’années plus tard. Il fut couvert de gloire et conta sans relâche l’histoire de son voyage à toutes les oreilles du royaume.

Vers 1324, son descendant Kankou Moussa prit le pouvoir. On sait qu’il effectua un voyage à la Mecque où il aurait apporté plus de dix tonnes d’or ainsi que plusieurs milliers de serviteurs. Il aurait offert l’ensemble à ses hôtes arabes. Dans cette galerie de portraits d’empereurs, on s’aperçoit déjà que les légendes de chacun reposent sur des actes lourds qui participent à la communication politique de ces dirigeants. Ces voyages périlleux, ces enrichissements, ces actes de cohésion fondent l’imaginaire d’une histoire sur laquelle la confiance sociale de ces peuples africains s’est ensuite construite.

Vers l’an 1460, l’empire du Songhaï retrouva son indé- pendance sous la dynastie des Si (ou Sonni). Suite à des querelles internes de successions, l’empire du Mali s’affai- blit progressivement. Les conflits politiques ultérieurs avec les Mossi, les Touaregs et les Songhaï achevèrent de détruire la stabilité du territoire.

En 1591, les troupes du sultan marocain Ahmed al-Mansur Saadi envahirent la zone. Leurs armes à feu produisirent un rapport de force inégal et, ne pouvant résister, le Songhaï et le Mali durent capituler. À partir de ce moment, des divisions politiques commencèrent à émerger ici et là. Avec le temps, plusieurs dizaines de chefferies se disséminèrent sur tout le territoire.

 

Néanmoins,  les  Mossi   du   Yatenga(14)   résistèrent aux agressions arabes. Plus au sud, les Mossi de Fada N’Gourma(15), eux, furent à peine inquiétés. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, ils surent conserver une légitimité politique sur un royaume regroupant de nombreuses provinces indépendantes : parties du Burkina Faso, sud-ouest du  Niger et nord du Bénin. Les Arabes ne passèrent pas non plus les frontières de la Guinée : la forêt équatoriale alliée à l’intrépidité des Guinéens arrêtèrent leur progression.

Ces conditions d’affaiblissement favorisèrent l’émergence de la traite négrière. En effet, dès le  début  du XVIIe siècle, les Européens commencèrent à arriver  dans la région. En 1673, à la demande de Louis XIV, la compagnie du Sénégal fut créée. Elle participa activement, avec d’autres compagnies coloniales, à ces immondes pratiques. Les Anglais, les Portugais, les Hollandais et d’autres peuples caucasiens coinitièrent ou se joignirent à cette conquête européenne frénétique.

 

Dans le cambouis de l’histoire, le roi de Dahomey(16) consentit à « accueillir » les Européens. Avec lui, les colons échangèrent des armes contre des esclaves. Ce funeste commerce permit au royaume de Dahomey de  s’étendre et de renforcer le pouvoir de l’oligarchie africaine en place. À partir de ce moment, on constata à Porto-Novo, à Ouidah et à Cotonou, l’apparition de nombreux comptoirs commerciaux. Progressivement, ces comptoirs poussèrent comme des champignons. Ces relations entre les Européens et les dirigeants en place se poursuivirent jusqu’au milieu du XIXe siècle.

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Sources et notes de l'auteur

5. Par exemple, il était dit que SamoryTouré, résistant guinéen de l’époque coloniale, mangeait ses enfants.

6. Comité scientifique international pour la rédaction d’une Histoire générale de l’Afrique, Unesco, Histoire générale de l’Afrique, en 8 volumes, de 1980 à 1998.

7. Le sorgho est une céréale originaire d’Afrique.

8. Wikipédia.

9. Empire du Wagadou.

10. "Ceux qui portent chance"  en langue malinké

11. Soit sur les territoires des actuels Mali, Burkina Faso, Sénégal, Gambie, Guinée, Guinée- Bissau, Mauritanie et une grande partie de la Côte d’Ivoire

12. UEMOA : Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine.

13. Niane D.T., Soundjata ou l’épopée mandingue, Présence africaine, Paris, 1960.

14. Les Mossi sont un groupe social originaire de l’actuel Burkina Faso.

15. N’Gourma est situé au sud-est de l’actuel Burkina Faso.

16. « Danhomè » en langue fon