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Étudiants et enseignants en communication trouveront dans ce livre des ressources inestimables. Professionnels et responsables d’institutions y trouveront tout autant de quoi refonder leur vision et de la communication et de l’Afrique de l’Ouest, c’est-à-dire de la communication en Afrique de l’Ouest.

El Hadj Hamidou Kassé

(Chef du Pool Communication du Président Macky Sall)

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PREMIERE PARTIE

PREMIERE PARTIE

Un peu d'Histoire pour mieux comprendre

Sommaire

1. Les épopées héroïques africaines

(de l’an 300 à 1850)

2. Une colonisation douloureuse

(1850 à 1960)

3. Des indépendances controversées

(1960 à nos jours)

 

I. 2. Une colonisation douloureuse

1850-1960

Vers 1850, l’Afrique francophone fut colonisée par les troupes de l’empereur français Napoléon III. Cette colonisation se traduisit par une multiplicité de guerres un peu partout sur les territoires. Mais les rapports de force étaient inégaux : la France possédait une technologie armée beaucoup plus sophistiquée. Malgré cette inégalité, de nombreux Africains firent preuve de résistances héroïques, sans économie d’intrépidité.

Ajoutons que, lors de la Conférence de Berlin à la fin du XIXe siècle, les puissances européennes se partagèrent, à la règle, la carte d’Afrique et ses richesses. Sans tenir compte des logiques territoriales historiques, la France découpa ensuite les territoires d’Afrique francophone selon des modalités administratives. Elle organisa le territoire en huit zones. Chacune était gérée par un administrateur colonial, et l’ensemble était commandé par un gouverneur général (basé à Saint-Louis puis à Dakar, au Sénégal).

Pendant ces périodes, ces peuples d’Afrique furent victimes d’une hémorragie démographique abondante. Le sang coula sans relâche. Un peu partout, disettes et famines gangrénèrent la dignité des femmes et des hommes qui tentaient de se battre pour leur liberté. Leurs cultures furent brûlées, les récoltes abandonnées, les réserves alimentaires pillées. L’amour-propre des habitants fut jeté à la  rivière de l’indifférence satisfaite, tandis que le mensonge de la « mission civilisatrice » était érigée en vérité martelée.

De l’accumulation des violences sur les corps et les esprits, les révoltes africaines sont nées. Jusqu’en 1920 et même au-delà, les tentatives de résistance des dissidents émergèrent. Ces tentatives furent réprimées par le feu, dans le sang, souvent dans le mensonge : le colon bâtissait des légendes atroces sur ces Africains résistants.

Mais les tragédies font les héros et, durant ces périodes, des personnages se distinguèrent par des actes exceptionnels de résistance. Avec bravoure, ils firent face aux événements et marquèrent l’histoire malgré les campagnes de dénigrement successives orchestrées par les colons. Aujourd’hui, ces braves constituent des exemples très positifs pour la jeunesse africaine, ils font partie intégrante de leur identité, à l’instar d’Amicar Cabral ou de Samory Touré.

Dans ce contexte, l’esclavagisme prit de l’ampleur : d’abord système commercial légal, il devint une idéologie : une philosophie à visage sanguinaire dont le vernis extérieur promouvait les valeurs civilisatrices.

Alexis Moréno analyse à ce propos que, à la longue, ce vernis idéologique réussit l’exploit morbide de faire croire partiellement aux colonisés à la justification de leur propre oppression. Ils furent présentés comme des êtres engourdis et travaillés de l’intérieur par les fièvres des coutumes ancestrales, ainsi les Européens se donnèrent un cadre philosophique pour justifier un mercantilisme colonial légal.

 

À ce titre, des milliers d’Africains furent faits prisonniers par les troupes coloniales. Sur les marchés, ils furent vendus aux officiers prônant les idéaux falsifiés de l’égalité. C’est par la force que certains Africains furent intégrés dans le corps de l’armée et de la police française. Pour protéger le commerce des intérêts étrangers, il fallait bien sécuriser le périmètre des échanges commerciaux. Au lieu de faire venir les forces de sécurité de la métropole, il était plus économe de former et d’enrôler les autochtones sur place. Ainsi, un corps de militaires composé exclusivement d’Africains, les « tirailleurs sénégalais », fut constitué à partir de 1857.

Au prétexte d’une posture humanitaire, des « villages de liberté » furent créés entre 1887 et 1910. C’est dans ces villages que les captifs venaient se réfugier : le colon leur promettait l’obtention d’un certificat de liberté sitôt qu’ils franchiraient les portes de ces antres. Mais ces lieux étaient en fait destinés à servir de réserves en main-d’œuvre au colon(17). Ce n’est qu’à partir de 1905 que ces soi-disant refuges d’esclaves commencèrent à être abolis.

 

Dans le même temps, les colons installèrent des comptoirs commerciaux. Avec ces comptoirs, ils parvinrent à imposer de nouvelles organisations administratives. Sans tenir  compte  des  us  et  coutumes  locaux,  les  règles du dominant ne ménageaient aucunement les demandes africaines de disposition spécifique.

Dans la surenchère de la violence politique, celle-ci s’étendit à la question fiscale. Sur ce plan, les colons obligèrent les Africains à payer de lourds impôts. Les plus indigents furent forcés d’effectuer des travaux d’intérêt général. Ainsi, c’est sous le fouet de la contrainte que l’esclave africain a construit des ponts, des routes et des voies ferrées(18). Mais aussi des écoles, des hôpitaux, des routes bitumées et des aérodromes. À ce propos, le sociologue Alexis Moréno s’interroge : est-ce suffisant pour décomplexer le point de vue de certains historiens qui consiste à attribuer un rôle positif à la colonisation ? Des effets structurels positifs bien sûr ! Les faits sont là ! Mais à quel prix ? Au prix du sang et de la bassesse abjecte d’une froide raison européenne sourde aux cris de l’émotion humaine ! Le pays des droits de l’Homme s’est fourvoyé dans l’arrogance de sa pureté. La pureté politique est dangereuse et l’histoire le montre. Elle conduit lamentablement dans le mur de la purification.

L’autre figure de la pureté ayant joué un rôle dans la colonisation est la religion catholique. Accompagnés des missionnaires, les colons installèrent des écoles. Avec le principe de l’éducation morale en bandoulière, ces missionnaires obligèrent les chefs africains à y envoyer leurs fils. En signe de résistance, certains  chefs  présentèrent non pas leurs fils, mais les enfants de leurs propres esclaves. Ces derniers grandirent avec l’idée de se libérer du joug du groupe dominant, ce qui déstabilisa pour longtemps l’ordre social africain.

 

Aussi l’institutionnalisation de l’école en Afrique fut un échec total. Les enfants désertèrent l’école, leurs parents la jugeaient pernicieuse. Et puis, il est important de rappeler que, jusqu’au milieu des années 1960, le colon apprenait aux petites têtes brunes que leurs ancêtres étaient des Gaulois...

Vers la fin des années 1920, un système ferroviaire fut mis en service sur une partie du territoire de l’Afrique de l’Ouest. Les réseaux routiers se développèrent progressivement. À partir de 1930, des camions en nombres limités pouvaient atteindre presque toutes les régions du continent. Par contre, le territoire militaire(19) nigérien fut longtemps négligé sur les plans de l’emploi, des équipements et de l’école(20). Ainsi, on peut noter qu’en 1960, la jeunesse nigérienne éduquée représentait à peine 5 % de la population(21).

Il faudra attendre 1946 pour que le travail forcé en Afrique soit supprimé par Félix Houphouët-Boigny. Ce ministre français d’origine ivoirienne deviendra plus tard le premier président de la Côte d’Ivoire.

Durant les deux guerres mondiales, des milliers d’Africains furent enrôlés de force pour défendre les intérêts français. En première ligne, ces courageux furent les premiers fauchés par les tirs allemands. Entre 1914 et 1918, deux cent mille tirailleurs sénégalais se battirent dans les rangs français. Entre 1939 et 1945, près de cent quarante mille Africains rejoignirent les troupes militaires de l’Hexagone.

 

Un tiers d’entre eux mourront. Un grand nombre seront blessés ou resteront invalides ou traumatisés. Ce n’est qu’au début des années 1960 que ce corps militaire fut dissout.

Sources et notes de l'auteur

17. Bernus Edmond, Nomades et commandants : administration et sociétés nomades dans l’ancienne A.O.F., Paris, Karthala, « Hommes et société », 1993, 272 pages. p 187.

18. Fall Babacar, Le travail forcé en Afrique occidentale française (1900-1946), « Civilisations, revue internationale d’anthropologie et de sciences humaines », n° 41, 1993, p. 329-336.

19. Le Niger était un territoire militaire jusqu’en 1922.

20. Djibo Mamoudou, Les enjeux politiques dans la colonie du Niger (1944-1960), Autrepart, N°27, 2003, p. 41-60.

21. Ibid.

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